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Spiritualité dehonienne

Le mot ‘‘spiritualité’’ signifie la vie selon «l’Esprit Saint» (cf. Rm 8, 9), c’est-à-dire une vie animée et guidée par l’Esprit vers la sainteté et la perfection de la charité (Cf. JEAN PAUL II, Exhortation apostolique, Pastores dabo vobis, Città del Vaticano, Libreria Editrice Vaticana, 1992, 19).

La  spiritualité dehonienne tire son origine de la spiritualité de l’Ecole française dans la version de Paray-le-Monial.

Selon Huyban, on entend par Ecole française de spiritualité l’ensemble des écrivains spirituels que la France a produits au XVIIe  siècle et qui marquent une différence nette avec les auteurs allemands, hollandais et espagnols qui les ont précédés. Elle est donc une variété de courants de pensée spirituelle plus ou moins tributaire les uns des autres qui consacrent un intérêt à la Bible, aux Pères de l’Eglise et dominés par le théocentrisme, l’incarnation, l’oraison. On reconnaît unanimement le Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629) comme le chef de file et celui qui a le courant dominant de cette école. Beaucoup d’auteurs parlent d’ailleurs du courant bérullien. Le nom même de l’Ecole française est tardif et aurait été utilisé la première fois en 1921 par Bremond dans son livre, Histoire littéraire du sentiment religieux en France (Cf. J. HUYBAN, Spiritualité française au XVIIe siècle, in « Supplément vie spirituelle » (1er décembre 1930), 115).

La spiritualité Dehonienne est fondée sur le Cœur de Jésus qui a aimé les hommes au point de sacrifier sa vie pour les racheter. La version de Paray-le-Monial dont s’origine la pensée spirituelle du Père Dehon est un développement de la spiritualité de Jean Eudes qui comporte une double démarche : la conversion et la communion. Pour la conversion, le croyant après avoir reçu la formation chrétienne parvient avec l’aide de l’Esprit Saint à faire une expérience de Jésus Christ ; il le rencontre et se donne à lui. Ainsi commence la phase de communion. Il entre en union avec le Christ jusqu’à lui être configuré. Il vit la spiritualité de son amour de Dieu et de ses frères.

Deux concepts-clés définissent la spiritualité dehonienne: Amour et réparation, comme nous pouvons relever dans nos constitutions : «De ses religieux le Père Dehon attend qu’ils soient des prophètes de l’amour et des serviteurs de la réconciliation des hommes et du monde dans le Christ (cf. 2 Co 5, 18). Ainsi engagés avec Lui, pour remédier au péché et au manque d’amour dans l’Eglise et dans le monde, ils rendront, par toute leur vie, leurs prières, leurs travaux, leurs souffrances et leurs joies, le culte d’amour et de réparation que son Cœur désire (cf. NQ XXV, 5)» (Cst 7).

Le cœur est le symbole de l’intimité de la personne, le siège de l’identité (Cf P. J Mc Guire, “Charism and mission”, in Dehoniana, 2(maggio-agosto 2003), 60). Il ne désigne pas une partie de la personne, mais la personne humaine dans son intégralité, dans son intériorité et dans sa vérité.  Plus qu’un simple lieu d’affectivités, le cœur est l’expression de la mémoire existentielle, de la pensée et des décisions. Il est le point de départ de rapports vrais avec les autres et  avec Dieu. Pour l’adorant, c’est le lieu où l’on peut rencontrer le Cœur du Christ, icône de l’amour sans borne pour le Père et pour l’humanité. Le Cœur de Jésus, c’est Jésus lui-même brûlant d’amour pour Dieu et pour les hommes.

En montrant son cœur physique à sainte Marguerite Marie, Visitandine de Paray-le-Monial, le Christ voulait dévoiler ses intentions, ses sentiments et ses affections pour les hommes qui se résument en l’amour et l’invitation de ces derniers à aimer comme lui, en rendant leurs cœurs semblables au sien.

Le drame du calvaire s’explique à la lumière du Cœur transpercé du Rédempteur. L’acte de transfixion du Cœur du Christ, pour prouver l’effectivité de sa mort, fut également le geste final par lequel l’humanité refusait le salut apporté par le Fils de Dieu incarné. Dieu par contre, a transformé ce geste d’obstination en un canal de grâce pour racheter d’une façon sacerdotale, dans le Cœur du Christ, l’humanité entière. La réparation au Cœur de Jésus doit s’imprégner, avant tout, du mystère de l’amour gratuit du Père qui dans le Christ s’est réconcilié le monde. Le Christ, ne s’est pas pourtant borné à réparer le péché du dehors, il est entré dans l’humanité pécheresse, s’identifiant mystérieusement à elle, dans un élan de solidarité extraordinaire. Son amour fut réparateur, c’est-à-dire rendu à Dieu au nom d’une humanité qui ne pouvait pas le faire, pour la mettre en mesure de pouvoir elle-même, à son tour et en lui, revenir à la communion avec le Père et avec les frères.

C’est dans cette perspective que nous pouvons comprendre la vocation réparatrice. Celle-ci suppose une conscience réaliste du mystère du mal, non seulement dans ses effets et dommages objectifs, mais relativement, à la relation interpersonnelle entre les hommes et Dieu ; là où le péché révèle sa plus grande puissance destructrice. 

Réparer, serait donc, à l’exemple du Christ, prendre en charge ses propres frères, les représenter devant Dieu qui les aime sans toutefois être aimé. C’est aimer Dieu en son mystérieux amour pour tout homme ; et c’est aimer les hommes tels qu’ils sont,  avec leur misère objective, individuelle et sociale, mais surtout dans cette misère plus profonde qui les met en rapport avec le Cœur du Père et celui du Christ leur Sauveur.

Réparer c’est contribuer à instaurer dans le monde le règne de la justice  et de la charité chrétienne (Cst 32), c’est déterminer, selon les temps et les lieux, les engagements concrets qui, dans l’Eglise locale correspondent à ces orientations apostoliques (Cst 32). Réparer c’est rechercher avec les Eglises locales les modalités de notre insertion dans la mission ecclésiale qui nous permettent de développer les richesses de notre vocation (Cst 34). C’est partager le tourment du monde d’aujourd’hui dans son intense effort de libération : libération de tout ce qui blesse la dignité humaine et menace la réalisation de ses aspirations les plus profondes : la vérité, l’amour, la liberté (Cst 36).

En somme, le but principal de la congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus est donc la vie d’amour qui commence par l’expérience du grand amour du Christ pour nous, laquelle crée en nous des dispositions et des attitudes qui nous conduisent à vivre et à aimer comme il nous a aimés (P. J. MC GUIRE, Charism and Mission, in «Dehoniana» 2 (maggio-agosto 2003), 68). Ces dispositions se traduisent dans nos options apostoliques qui ne sont autres que la mise en exergue de notre charisme. L’amour du Christ qui nous a aimés jusqu’à se donner en sacrifice lui est rendu par l’adoration eucharistique et l’apostolat. La spiritualité réparatrice a le mérite de rappeler à l’homme moderne, si individualiste, la dimension sociale de son existence, au nom de la solidarité humaine et du principe de subsidiarité dans le corps mystique du Christ, avec les autres et pour les autres. C’est sur ce plan que se situent nos constitutions quand elles parlent de l’attention aux appels du monde (cf. Cst 35), du partage des aspirations de nos contemporains (cf. Cst 37) et de notre solidarité avec les hommes en vertu de la profession des conseils évangéliques (Cst 38). Les Dehoniens sont appelés Prêtres du Sacré-Cœur, non dans le sens qu’ils ont reçu le sacrement de l’ordre qui fait d’eux des prêtres, mais dans le sens où ils offrent leur vie à Dieu en sacrifice pour la réparation des torts qui sont commis par les hommes au Sacré-Cœur de Jésus qui a souffert pour eux.

 Jean Marie NGOMBOU, scj